jeudi 9 décembre 2010

Feue la Baronne


C'était à l'occasion de ses 100 ans, nous étions tous réunis autour d'une femme d'une rare trempe. Elle nous a formés, éduqués, donnés des valeurs, des principes. Le sens de la famille, la générosité, l'intelligence, la bonté, la sévérité parfois, mais toujours son coeur fut bon et ses mains douces.
Née Beauchamp, le 14 juin 1909, Yvette est la seconde fille de quatre . Son père, Léon qu'elle adorait, était le fier propriétaire d'une des premières voitures de Montréal. Il aura même une contravention pour excès de vitesse sur la rue St-Denis, il roulait à 20 milles à l'heures. Yvette conduira donc dès 1925. Sa vie est jalonnée de toute l'histoire du Québec et du monde. L'arrivée des technologies, les frigos, les autos, les femmes qui votent, la télé, le FLQ, la reine, les guerres, les années soixante, la chute du mur, le déclin de l'Église, la fin de la ségrégation, Alys Roby etc. Veuve à 52 ans, elle a fait sa vie comme une rebelle. Elle s'est acheté une voiture pour ses 75 ans. Elle m'a dit qu'aucun garçon ne valait nos larmes. Elle recevait tous les dimanches midi, et moi, beurrée pas beurrée, je m'y rendais pour être certaine de recevoir ma dose hebdomadaire d'amour, d'inquiétudes et de poulet au four.
Quand elle a commencé à perdre la carte, elle le camouflait en nous appelant, les garçons, Séraphin Beau Fouette, et les filles, Joséphine. Le jour où elle n'a plus levé la tête en me voyant , au Mouroir Outremont, toute dédiée à sa tarte au sucre, j'ai perdu mon ancre. Ne restait plus que la carcasse indigne d'une âme de reine. Elle est partie pour de bon hier soir vers 21 heures. `
Dans ma chambre hier, le système de son s'est allumé tout seul.

mercredi 8 décembre 2010

Une journée mi -figue, mi raisin



Aujourd'hui, le 8 décembre, je me rappelle qu'il y a trente ans, un jeune chanteur populaire était assassiné. Toutes les filles de ma classe de secondaire 5 étaient en larmes. Spécialement celle aux très longs cheveux blonds. Moi qui vivait déjà dans mon univers hermétique de folie douce et de retranchement nihiliste, j'ignorais de quoi on faisait si grand cas. Sinon que mourir assassiné c'est poche. Ça je le comprenais bien. C'est donc ainsi que je fis la connaissance post-hume de Lennon.


Mais aujourd'hui c'est aussi la date d'anniversaire de la copine Laura de Vancouver.


Aujourd'hui, c'est aussi les derniers milles pour ma grand-mère plus que centennaire, chaque minute compte pour une decennie. Mon coeur est en lambeaux.


Aujourd'hui , des mains de la ministre je crois, ou d'un bonnet de leur choix, je reçois le prix France Québec. Gros montant pour de beaux projets avec le collègue Jean -Noel Peignon.


Aujourd'hui c'est aussi le jour où je prends le pouls de ma santé amicale et mentale. Je suis dévastée par le kaleidoscope hallucinant qui nous fait voir des miroitements et des images, qui ne sont pas réels. C'est aussi le jour où une partie de moi est morte.

La reine est morte, vive la reine.

vendredi 3 décembre 2010

Toronto, part two.

Nous voici à l'aube de notre 8eme journée au festival de la poussette.
Tout va pour le mieux, on compte les heures qui nous séparent de notre remise de peine. Les ventes sont tranquilles mais stables. L'année prochaine se promet d'en être toute une.
On a épuré notre kiosque , ça donne aussi l'impression que ça sort. Hier on a eu encore une folle, on les appelle comme ça les femmes qui délirent devant le stand et repartent avec plein de gros morceaux. Elles-mêmes le disent: I am crazy, I am crazy about your work, I am crazy. On les croit sur parole. Il y en a une qui est revenue en courant l'autre jour, survoltée de sa décision d'en commander encore plus. On aime ces crazy Torontoises.

Autrement notre château en haut d'une tour est assez attachant. On y est bien.

mardi 30 novembre 2010

Toronto, ville reine.
















Nous y voilà donc au fameux One of a Kind. environ 900 exposants, pas mal de monde quoi. Beaucoup d'exceptionnels travaux, beaucoup de cochonneries, beaucoup de monde qui achètent n'importe quoi, mais toujours , toujours le rouleau de biscuits sablés, les confitures et les sauces piquantes pour les saucisses. (On se demande quand même à chaque fois pourquoi quelqu'un voudrait débourser 15 dollars de stationnement, 12 dollars de frais d'entrée, pour aller acheter des confitures. )





Je vous présente donc mon stand 2010, in your face, comme on dit ici. La prochaine étape c'est de perfectionner la deuxième couleur pour l'année prochaine.
Nous avons loué un petit nid dans un gros immeuble méga urbain de 40 étages. ona une vue extraordinaire su la ville, l'aéroport , les avions qui décollent et qui atterissent, la tour du CN, le Skydome, le lac Ontario. C'est bien beau, comme New York, ça donne vraiment l'impression d'être ailleurs. Comme Claude Dubois qui chantait le Blues du Business man, nous on a le Blues de l'artiste, des fois...










lundi 22 novembre 2010

Dangereusement prête...



La nouvelle carte d'affaire pour aller de pair avec la nouvelle collection 2010: le Zébre est amoureux de ses rayures. Chez les Anglishes, on va juste l'appeler Zebra. Je trouve que ça fait guerrière grecque dans une mauvais émission de tivi, genre Zena. C'est parfait, ça donne le ton, que je ne me laisserai pas envoyer au tapis de la faillite.
Naturellement, il fallait bien qu'un accroc survienne. Ouiiiii, Naaaaahhh! Les fours ont décidé de se rebeller. Le compte à rebours est déjà entamé et un gros gros four ne fait plus son boulot. Il faut tout recuire dans les plus petits, le temps est notre ennemi en ce moment. C'est Chronos qui doit sourire.
Le départ est établi à 6 heures du mat mercredi matin.

samedi 13 novembre 2010

Histoites de mon coin de terre Tome III

ELIZABETH GELINAS: ENTRE LE COEUR ET LA RAISON
EXPOSITION : QUI VA LÀ?

Les deux thèmes chéris de cette nouvelle artiste, qui présente chez nous sa première expo solo, sont la maison et la tête. Je me suis dit que la maison c'était le coeur, c'est où on se réfugie, où on est bien , en sécurité. La tête, c'est la raison, c'est notre célébrex célébré.
Dans le cas de Gélinas, les bustes sont affublés de petites têtelettes qui suggèrent à la fois la psychose, mais les petites voix qui nous mènent parfois, et pas toujours où on voudrait aller. Les maisons ressemblent à des ruches ou des troglodytes auto-portantes.
La particularité de son travail, en ce qui concerne mon intérêt, ce sont les revêtements de surface, symphonie d'oxydes, textures au jet de sable et ajout de mini touches de couleurs pour rehausser et mettre de la vie.
Elle appose ses finis et cuit, et recuit, et recuit encore, sa porcelaine, ses grès, sa faïence, jusqu'à ce qu'elle soit minimalement contente, car elle ne pourrait jamais être réellement satisfaite.
Son coté maniaque frise le maniérisme et la névrose, ce qui me plaît franchement.
Comme d'hab, ce qu'on présente chez Gaïa, c'est d'abord nous qu'on aime ça !!




samedi 6 novembre 2010

Histoires dans mon coin de terre TOME II

Quand les anges se font femme et potière
Marie-Ange Samon et la porcelaine tissée.








Cette semaine chez Gaïa était présenté le travail de Marie-Ange, une collègue d'une rare gentillesse, qui m'a séduite et prise en amitié dans les 49 secondes de notre première rencontre, qui remonte à l'automne 1996, alors que fraîchement émoulue de cette école de céramique, je errais entre deux pains de terre, trois spirales, quelques cuissons au gaz, et un vif plaisir à combiner le tout.



Marie-Ange était un peu plus vieille potière que moi, bien qu'elle accumulait quelques années de supp, ayant bourlingué comme j'aurais aimé le faire, vécu au Maroc, en Irlande, en Espagne, en Grèce, ayant fait la tisserande pendant longtemps. Cette vilaine manie qu'elle a de tisser des liens, ah lallala j'aimerai bien savoir le faire. Moi qui ne suis que l'ombre désagréable de mon moi désagréable, je me demande encore comment elle fait. Partout où elle va, elle est de bonne compagnie, son rire est contagieux. Mais faudrait pas penser qu'elle est abêtie de bonheur, no non non sir no m'am, non non, car son physique d'asperge coupée en deux sur le long, pour ne pas dire squelettique, traduit sess perpétuelles angoisses. La fuite, le délit de fuite qui nous habite, les mal-aimés, les pustuleux de l'abandon, les pestiférés de l'attachement, elle l'a un peu encore. Mais à 58 piges, elle canalise vachement bien. Et ça passe dans ce travail quasi obsessif compulsif, minutieux et patient.
Mais étonnemment, le résultant est tellement calme et serein. Cent fois sur le métier elle a mis son ouvrage. Et a habillé notre espace. Et tissé autour de nos coeurs des petites laines de réconfort.
Merci Marie-Ange