mercredi 2 février 2011

Mon coeur est un jardin de givre


Glacée jusqu'au bout des veines, je me dirigeai hier soir vers ma kasba, fourbue de ma journée de 14 heures qui suivait la veille, elle aussi fort longue.


Pendant les deux journées, j'ai joué devant la caméra, pour un groupe de réalisateurs de documentaires. Celui-ci, je vous le donne en mille, sur la céramique. Ils souhaitent faire un parallèle avec les céramistes roumains. C'était quand même amusant d'expliquer tout à tous, connaissent pas le métier, mais font un film dessus. On leur a un peu scénarisé la journée, on a tourné moi qui tournais, moi qui décore, moi qui assemble, moi qui parle, moi qui enfourne, moi qui défourne, moi qui prépare le repas du midi, moi qui fais la vaisselle, moi qui réponds au téléphone, moi qui prépare les cours, moi qui balaie le sol, moi qui le lave, moi qui guide la stagiaire, moi qui remplis les formulaires pour les expositions, moi qui prépare celle qui aura lieu chez nous. Moi moi et moi. Eh bé. Moi vs la Roumanie. C'était rigolo. Mais c'était toujours un monologue, une prestation sans filet, sans maître de cérémonie.




Gaïa a pris une légère tangente. Elle a changé l'axe de rotation. Elle ne fait désormais plus tellement boutique, avec les gugusses de commerce habituels. Elle présente sérieusement le travail sérieux de gens pas sérieux qui travaillent sérieusement sans se prendre au sérieux. Il y a le chien qui dort sur le plancher, la musique qui résonne, les drills qui touillent, le monte-charge qui monte et descend. C'est pas un sanctuaire, c'est un aéroport où les idées donnent leur passeport aux oeuvres qui à leur tour décolleront vers d'autres mondes.


Gaïa s'appellera désormais Galerie.




Entretemps, je continue à panser les plaies de mon coeur barouetté, battu par ces vents contraires et froids, ligotée par ce manque de temps doux.


Je suis en deuil, et pour cause, tant de ports fermés depuis deux ans, que je sens mon navire qui se cherche une crique pour recoudre ses voiles. Je la trouverai entre les craques du vernis de ces faux-finis qui ont su me montrer le chemin de la redemption en m'isolant et, me donner enfin le regard quiet qu'il me fallait pour tendre vers la paix.


1 commentaire:

É. a dit...

Oui, œuvrer, c'est souvent le havre. Bises.